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Nos agriculteurs

Ceux qui nourrissent la France et qui aujourd'hui sauvent aussi ses terres

Il suffit de traverser la campagne pour comprendre.

Là où, hier encore, s’étendaient des champs dorés promettant des mois de travail enfin récompensés, il ne reste parfois qu’un paysage noirci, une odeur de cendre et un silence pesant.

Pour beaucoup, un incendie n’est qu’un fait divers. Pour un agriculteur, c’est une année entière qui disparaît en quelques minutes. Derrière chaque hectare ravagé se cachent des mois de travail. Les journées qui commencent avant le lever du soleil. Les soirées qui s’achèvent bien après la tombée de la nuit. Les sacrifices familiaux. Les investissements. Les emprunts. Les inquiétudes. Et cette passion qui pousse ces femmes et ces hommes à recommencer, saison après saison, malgré les difficultés.

Car cela fait déjà longtemps que le métier d’agriculteur ne se résume plus à cultiver la terre.

Depuis des années, les exploitants agricoles font face à une accumulation de contraintes. Les normes administratives toujours plus nombreuses, les charges qui explosent, les coûts de production qui augmentent sans cesse, les prix imposés par la grande distribution, les aléas climatiques… autant d’obstacles qui rendent leur activité de plus en plus difficile.

Beaucoup travaillent sans compter leurs heures. Certains peinent à se verser un salaire digne de ce nom. D’autres vivent avec l’angoisse permanente de ne pas savoir si leur exploitation survivra à l’année suivante.

Et pourtant, ils continuent.
Ils continuent parce qu’ils aiment leur métier. Parce qu’ils aiment leur terre. Parce qu’ils savent que derrière chaque repas se cache le travail discret de milliers d’agriculteurs que l’on remarque trop rarement.

Puis cet été est arrivé.
Avec lui, des températures extrêmes, des sécheresses historiques et des incendies d’une violence rarement observée. Les flammes ont balayé des hectares de cultures, des réserves de fourrage, des bâtiments agricoles et parfois des années d’efforts.

Voir partir sa récolte en fumée est sans doute l’une des pires épreuves qu’un agriculteur puisse traverser. C’est regarder brûler le fruit d’une année entière de travail sans pouvoir faire grand-chose.

Et pourtant.
Alors que certains auraient pu rester auprès de leurs propres terres pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être, beaucoup ont fait un autre choix.

Ils sont montés sur leurs tracteurs. Ils ont rempli leurs tonnes à eau. Ils ont ouvert des chemins d’accès. Ils ont créé des pare-feux. Ils ont travaillé côte à côte avec les sapeurs-pompiers, parfois pendant des heures, parfois pendant plusieurs jours, au risque de voir leurs propres parcelles partir en fumée.

Cette solidarité force le respect.
Car ces femmes et ces hommes n’ont pas seulement défendu leurs exploitations. Ils ont défendu celles de leurs voisins. Ils ont protégé des habitations, des villages, des forêts. Ils ont répondu présents sans attendre qu’on les appelle, parce que dans les campagnes, l’entraide n’est pas un slogan : c’est une valeur.

On parle souvent des héros en uniforme. Ils méritent évidemment toute notre reconnaissance. Mais il ne faut pas oublier ces héros en bottes, ces mains marquées par le travail de la terre, qui deviennent, le temps d’un incendie, les premiers alliés des secours. Leur tracteur devient un outil de lutte contre les flammes.

Leur expérience du terrain devient un atout précieux. Leur courage, lui, ne fait aucun bruit. Lorsque les incendies seront éteints, lorsque les caméras seront reparties, il restera pourtant beaucoup à reconstruire. Des exploitations fragilisées, des récoltes perdues et des animaux à nourrir. Des familles qui devront repartir de zéro.

Nos agriculteurs ne demandent ni compassion excessive, ni privilèges. Ils demandent simplement de pouvoir vivre dignement de leur travail. Ils demandent que le prix de leurs produits reflète enfin les efforts qu’ils fournissent.

Ils demandent que les décisions prises loin des champs tiennent davantage compte de la réalité du terrain. Car sans eux, il n’y aurait ni pain sur nos tables, ni lait dans nos verres, ni fruits, ni légumes, ni céréales. Ils nourrissent la France. Aujourd’hui, ils protègent aussi ses campagnes. À tous les agriculteurs qui continuent de se battre malgré les difficultés économiques, malgré les contraintes administratives, malgré les sécheresses, malgré les incendies.

DS’MAG souhaite simplement vous dire merci. Merci pour votre courage. Merci pour votre solidarité. Merci de continuer à faire vivre nos campagnes, même lorsque le ciel semble s’acharner contre vous. La richesse d’un pays ne se mesure pas seulement à son économie mais aussi à ces femmes et ces hommes qui, chaque matin, choisissent encore de croire en leur terre.

David SCHMIDT

Journaliste/Reporter

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