
À Forbach, son nom est associé à une institution dont la mission est devenue, au fil des années, essentielle, le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) de Moselle-Est et les territoires Sarreguemines et Bitche.
A sa tête, un président Gaetan VECCHIO avec son conseil d’administration et sa directrice Sabrine LAVAL qui dirige une équipe engagée dans l’écoute, l’information et l’accompagnement des personnes confrontées aux difficultés juridiques, sociales ou professionnelles, avec une attention particulière portée aux victimes de violences conjugales et d’infractions pénales.
Mais derrière la fonction de directrice, il y a surtout une femme confrontée quotidiennement à des situations humaines complexes, parfois dramatiques, qui nécessitent bien davantage qu’une simple réponse administrative.
Un centre ancré dans le territoire
Implanté à Forbach, le CIDFF de Moselle-Est rayonne bien au-delà de la ville. Son action s’étend notamment vers Freyming-Merlebach, Saint-Avold, Morhange, dans les territoires Sarreguemines et Bitche et différents secteurs de l’est mosellan. Au total, le centre dispose de 15 points d’information sur cette partie du département.
Le CIDFF s’articule autour de trois grands pôles, le service juridique, l’accompagnement des femmes vers l’emploi et l’aide aux victimes.
Ce dernier dispositif est aujourd’hui de plus en plus sollicité dans le
cadre des infractions pénales et des victimes de violences intrafamiliales. Agréé par le ministère de la Justice, le centre accueille des victimes orientées par la police, la gendarmerie ou le tribunal de Sarreguemines, mais également des personnes qui franchissent spontanément la porte du CIDFF.
Pour Sabrina Laval, une réalité doit être rappelée : il n’existe pas de profil type de victime.
« Ce peut être tout le monde, il n’y a pas de classe sociale ou d’âge qui échappe à cette problématique. »
Les violences peuvent apparaître au début d’une relation comme après plusieurs décennies de vie commune. Et le CIDFF constate également que les victimes sont de plus en plus jeunes.
Lorsque les violences ne se voient pas
L’une des difficultés majeures auxquelles Sabrina Laval et son équipe sont confrontées concerne les violences psychologiques.
Contrairement aux coups, elles ne laissent pas nécessairement de traces visibles. Pourtant, leurs conséquences peuvent être considérables.
« Elles créent souvent plus de dommages que les violences physiques car elles ne laissent pas de traces exploitables sur un plan juridique. »
Dans ces situations, l’écoute devient alors une étape fondamentale. Avant même les démarches judiciaires, il faut parfois permettre à la personne de comprendre ce qu’elle vit et de mettre des mots sur une situation qu’elle a longtemps minimisée ou dont la réalité lui a parfois été niée.
Pour Sabrina Laval, la reconstruction passe d’abord par la reconnaissance du statut de victime.
C’est là que le rôle du CIDFF prend toute son importance : écouter, informer, orienter et accompagner, sans se substituer à la victime dans ses choix.
Des victimes qui peuvent être des hommes
Le CIDFF est souvent spontanément associé à l’accompagnement des femmes. Pourtant, Sabrina Laval tient à rappeler que les hommes peuvent eux aussi pousser la porte du centre.
Dans le cadre du service juridique, ils représentent 35 % des consultations, selon les données présentées par le CIDFF.
Une réalité qui rappelle que l’accès au droit et à l’information ne doit pas être limité à un seul public. Prévenir plutôt que réparer. Pour Sabrina Laval, l’accompagnement des victimes ne peut cependant pas constituer l’unique réponse.
Face à la recrudescence des violences faites aux femmes, le CIDFF avait notamment recensé 403 victimes en 2022, le centre a développé un important travail d’information et de sensibilisation. 1809 jeunes sensibilisés pour 84 interventions collectives
Le premier terrain d’intervention est celui de l’école.
Les comportements sexistes, les préjugés et les stéréotypes peuvent apparaître très tôt. Au collège ou au lycée, ils peuvent également prendre la forme de violences sexistes et sexuelles, parfois dans le cadre des premières relations amoureuses.
« Les mentalités sexistes naissent dès le plus jeune âge où s’installent préjugés et stéréotypes. »
Sensibiliser les jeunes, c’est donc tenter d’intervenir avant que certaines violences ne deviennent des mécanismes installés. “Nous travaillons également à la mise en place d’un projet d’accueil et de soutien destiné aux enfants co-victimes, trop souvent les oubliés de ces situations de violences” me dit-elle.
Le monde du travail, autre terrain de vigilance
Le deuxième axe concerne le milieu professionnel.
Un lieu où certaines situations peuvent parfois être repérées à travers des changements de comportement, un investissement inhabituel dans le travail ou, au contraire, des difficultés qui peuvent traduire des violences subies dans la sphère privée.
Mais sur ce terrain, Sabrina Laval regrette encore une certaine frilosité.
« Malheureusement ce milieu reste frileux et nous avons peu de réponses favorables à notre sollicitation. »
Un constat qui montre que la lutte contre les violences ne peut pas reposer uniquement sur les structures spécialisées. Elle nécessite aussi l’implication des entreprises, des institutions, des établissements scolaires et, plus largement, de l’ensemble de la société.
Une directrice au cœur d’un réseau de proximité
À travers son travail au CIDFF de Moselle-Est, Sabrina Laval participe à une mission qui dépasse largement les murs du centre de Forbach.
Le réseau national des CIDFF constitue le premier réseau pour l’accès au droit des femmes en France. Il repose sur un agrément quinquennal délivré par l’État pour exercer une mission d’intérêt général, avec 98 centres en France métropolitaine et outre-mer, environ 1 300 professionnel·les et quelque 2 600 permanences réparties sur le territoire.
Cette implantation permet aux équipes d’être au plus près des réalités locales.
À Forbach comme dans les communes voisines, cette proximité est particulièrement importante. Car derrière les chiffres, les statistiques et les dispositifs d’accompagnement, il y a toujours une personne qui vient chercher une réponse, parfois après des années de silence.
Écouter avant de juger, C’est finalement peut-être là que se trouve l’essentiel du travail de Sabrina Laval.
Diriger un CIDFF, ce n’est pas seulement coordonner une équipe ou gérer une structure. C’est aussi être confrontée chaque jour à des histoires de vie, à des personnes fragilisées et à des situations où la première chose dont elles ont besoin est parfois simplement d’être écoutées et reconnues.
Dans un territoire comme la Moselle-Est, le CIDFF joue ainsi un rôle de proximité indispensable.




