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Les réseaux sociaux nous rapprochent-ils vraiment ?

Une belle époque

Nous vivons une époque formidable.

Aujourd’hui, il est possible de discuter avec quelqu’un à l’autre bout du monde, de partager la photo de son repas avec 500 personnes et d’annoncer à ses abonnés que l’on est en train de regarder une série, tout en étant assis seul dans son salon.

Le progrès est magnifique.

Les réseaux sociaux étaient censés nous rapprocher. Pourtant, il suffit parfois d’observer une terrasse de café, quatre amis autour d’une table, quatre téléphones dans les mains et un silence digne d’une bibliothèque municipale. Avant, quand quelqu’un disparaissait pendant quelques heures, personne ne paniquait. Il était probablement chez un copain, au stade, au bistrot ou en train de bricoler sa mobylette. Aujourd’hui, si un message reste en « vu » pendant dix minutes, certains imaginent déjà le pire.

Pourtant, les ancêtres des réseaux sociaux existaient déjà, ils s’appelaient les bistrots.

On y retrouvait les informations du jour, les rumeurs du quartier, les débats politiques, les annonces de mariage, les disputes de voisinage et parfois même quelques experts autoproclamés capables de résoudre tous les problèmes du pays entre deux cafés. La différence est qu’à l’époque, lorsque quelqu’un racontait une absurdité, il devait la défendre en face de ceux qui l’écoutaient.

Aujourd’hui, un simple clavier suffit. Et puis il y avait les rendez-vous improvisés, pas besoin d’application de géolocalisation, on savait où trouver les copains. Au stade, devant l’immeuble, sur le parking du quartier, au café du coin ou simplement dans la rue. Une phrase suffisait: « On se retrouve tout à l’heure ». Et, miracle de la civilisation, tout le monde arrivait. Les jeunes de l’époque passaient des heures à discuter autour d’une mobylette démontée dont personne ne connaissait réellement l’origine de la panne, les plus chanceux avaient un scooter. Les copains avaient surtout des histoires à raconter.

Personne ne prenait de selfie, ne filmait son sandwich, ne comptait ses abonnés et pourtant, les souvenirs sont encore là.

Cela ne veut pas dire que les réseaux sociaux sont mauvais. Ils permettent de retrouver des amis perdus de vue, de découvrir le monde, de partager des projets et parfois même de belles initiatives locales. Mais ils ont remplacé certaines choses simples, le plaisir de frapper à la porte d’un copain sans prévenir. Les longues discussions qui n’étaient pas interrompues toutes les trente secondes par une notification et surtout cette étrange habitude qui consistait à être ensemble, sans avoir besoin de le montrer sur les réseaux.

Finalement, la question n’est peut-être pas de savoir si les réseaux sociaux nous rapprochent, la vraie question est de savoir si nous n’avons pas parfois oublié de lever les yeux de nos écrans pour regarder les personnes qui sont déjà à côté de nous.

DS: À l’époque des mobylettes, quand un ami tombait en panne, dix personnes venaient l’aider. Aujourd’hui, quand quelqu’un tombe on compte surtout le nombre de vues sur la vidéo. 😄

David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste/Reporter

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